Espace Débat

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    Commentaires Espace Débat

    Comment ça passe entre les générations ?
    Réflexions sur le film de Claude Chabrol : La fleur du mal, 2003

    Trois générations sont réunies dans la maison de Tante Line. A l’occasion d’une réunion électorale où Anne, nièce de tante Line, se présente à la mairie d’une petite ville, sort un tract anonyme qui attaque la famille d’Anne Charpentier-Vasseur. Le message est lu devant la famille au moment où ils se mettent à table. « Depuis que les Charpin -Vasseur se marient entre eux, ces Zoulous dégénérés… ». 
    La question que je voudrais poser ici est : Comment ça passe ?
    Les mariages consanguins, sous le regard bienveillant de tante Line qui jouit de perpétuer l’acte incestueux  entre sa petite nièce Michèle et François qui se passe sous son toit.  François revient de quatre années d’études aux  USA. La famille n’a pas compris ce départ, exceptée Michèle. La famille a laissé croire à François qu’il était le fils de Gérard, remarié avec Anne. Il serait alors le cousin germain de Michèle, mais il a un doute sur sa filiation.
    En fait le spectateur apprend que son père, frère aîné de Gérard (son supposé Père) est décédé dans mystérieux accident de voiture. Il était le premier époux de Anne. Gérard a perdu sa femme dans ce même accident en 1981. « La veuve a épousé le veuf » dit le tract. Rien de plus naturel dans la logique dans cette famille. Pour tante Line, elle dont » le seul homme de sa vie » fut son frère. Pourquoi ne pas laisser les gens faire ce qu’ils ont envie de faire ? » […] « ils s’aimaient… »
    Ce qui n’a pas été révélé circule à bas bruit dans la ville. Tante Line avec sa petite voix haut perchée, à propos de Gérard : « Il ne peut pas tenir sa langue ». A Gérard : « Tu sais bien que tout est secret ici » -Michèle : « Alors on va vivre comme des faux-culs ». Line : « Ca fait longtemps qu’on vit comme des faux-culs ». 
    Une partie du secret sera révélée à la fin du film par celle qui sait, qui a été accusée du meurtre de son père à la fin de la guerre. Le procès s’est terminé par un non lieu, faute de preuves. Pas de parole claire dans cette famille. La jouissance, les allusions les sous-entendus, le cynisme,  sont ici le mode de communication utilisés pour voiler la vérité des actes criminels qui se répètent à travers les générations. Le destin, c’est l’inconscient !

    Colette Lethier


    En relación a la Disputatio 2 entiendo que las marcas de goce son las huellas imborrables descritas por Freud en su Proyecto para Neurólogos y en la Interpretación de los sueños. Esas marcas de goce que forman parte de lalangue y que son significantes 1 que no hacen cadena y que inician la repetición. Están allí desde el inicio en los primeros sonidos que recibe el bebé no exentos de satisfacción o insatisfacción, por tanto de goce. Son los Unos que quedan marcados en el psiquismo del infante.

    Teresa Trias Sagnier


    Référence bibliographique, Disputatio 3

    « Soyons ici radicaux : votre corps est le fruit d’une lignée dont une bonne part de vos malheurs tient à ce que déjà elle nageait dans le malentendu tant qu’elle pouvait. Elle nageait pour la simple raison qu’elle parlêtrait à qui mieux-mieux. C’est ce qu’elle vous a transmis en vous “donnant la vie”, comme on dit. C’est de ça que vous héritez. Et c’est ce qui explique votre malaise dans votre peau, quand c’est le cas.
    Le malentendu est déjà d’avant. Pour autant que dès avant ce beau legs, vous faites partie, ou plutôt vous faites part du bafouillage de vos ascendants.1»

    Irene Pagliarulo

    1 J. Lacan, « Le malentendu », in Ornicar? 22-23, 16-VI-1980.


    Qui fait langue

    Ce qui passe entre les générations n’est pas sans langage, celui que l’on entend en premier langue maternelle. Me revient la formule de Lacan, « La langue c’est quelque chose d’assez spécifié pour chacun, c’est la langue maternelle, l’italien pour la plupart d’entre vous. » c’était dans le discours à l’université de  Milan le 12 mai 1972, page 2. 
    Spécifié, particulier à chacun ? Ces termes interrogent car « spécifié pour chacun » n’est pas spécifique.. ni particulier… on entend la structure du Un, pour tous. Formule qui nous entraine peut-être à interroger pourquoi tant de langues ont changées dans l’histoire et tant se perdent maintenant ? Effets dans la langue pour chacun et contraintes du capitalisme, structure pour tous…
    Qu’est ce qu’une langue maternelle, d’un coup la question fait irruption, pour qu’elle soit spécifiée… est ce d’elle que quelque chose passe de l’un à l’autre, de la mère puisque maternelle ? 
    Un analysant ne parle jamais de sa langue, ça parle.. et pour l’analyste une langue pourrait s’ écrire de cette formule complexe de Lacan dans « l ‘Étourdit »  : « qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend ».
    Quand il en parle de sa langue l’analysant, c’est souvent pour indiquer qu’elle a été perdue, gommée, ou qu’elle est belle ou ailleurs.. devenant ainsi un signifiant dans le dire. 
    Comme si la langue ne mobilisait de désir et n’apparaissait, que spécifiée pour reprendre le terme de Jacques Lacan, donc particularisée, objectivée. 
    Ainsi, quand elle est perdue les analysants la disent alors dans une langue qui pourrait tout aussi bien paraître maternelle ! Ça n’est peut-être que ça une langue maternelle, un signifiant, donc toujours spécifiée c’est à dire significantisée (si je puis dire..) ? Une langue c’est d’être Lalangue pour la psychanalyse, mais jouie elle devient signifiant, langue maternelle… peut-être ?
    Voilà ce que me racontait une patiente arrivée en France vers 7 ans et adoptée par une famille qui est devenue sa famille. Un père et une mère qui sont devenus son père et sa mère et elle, s’est aussi prise pour leur fille. Ça n’est pas une question de semblant ! Elle n’a plus aucun souvenir des mots qui l’ont vue grandir, comme un abandon, une chose qu’on laisse.. Sur le divan, elle prend son temps cette « plus-langue », rejetée mais pas forclose, car c’est vraiment curieux comme dans cette nouvelle langue maternelle parfaitement maniée le français donc, les souvenirs reviennent d’une famille qui n’est forcément pas exactement la sienne, une névrose infantile se recrée ! Comme si cette langue nouvelle pour elle reconstruisait la trame de son histoire ? Oui c’est étrange… ce basculement dès l’entrée dans l’école, l’effacement pour une autre… Elle n’a plus de souvenir de cette première langue parlée, des regrets non plus, cette langue perdue devenue signifiant important d’un manque dans sa vie peut on toujours la dire maternelle ? 
    Une autre, étudiante venant d’un pays étranger aussi et qui raconte dans un français parfait, dans le même élan associatif et de laps que toute autre, comme une langue toute autant maternelle qui dans son dire laisse loin la langue de sa mère. Loin sans nul doute mais pas perdue elle, on l’entend revenir à quelque tournure, forme de pensée..
    Entre passe et apprendre la langue maternelle mobilise le désir en quoi elle est spécifiée et devient langue… on le saisit de ces extraits.

    Eric Pordoy


    Un souffle d’R

    « Le manque à jouir »1 … formule d’entrée pour le sujet dans l’ordre du Signifiant (coupure) dont le langage (discours) fait pour le sujet de l’inconscient (le cadre de) la névrose, son « prêt à porter » d’une passion triste de vivre qui s’échine à vouloir en sortir dans la demande (transférentielle) d’amour. 
    La structure qui passe n’est pas de cet acabit. Elle vient de l’Amour, dans la « fruition, un autre mot pour(…) une jouissance que n’indexe aucun signifiant. »2 « La fruition de Dieu » « dans les deux sens du de »,3 comme une saveur d’un non savoir (le savoir inconscient) que cette « face de Dieu comme supportée par la jouissance féminine »4 allègue d’être à l’ek-sistence comme la face cachée de la brillance, de l’éclat martelé du Signifiant où s’empêtre tout discours, comme essai bancal d’une saisie dans un agencement phallique de produire du savoir, où seule la nomination échappe, dans le dire, et évite de se prendre les pieds dans le tapis. Le dire qui vient « d’où le réel commande à la vérité »5 et le sublime, est une voix de la structure qui n’obéit,  qu’à « la demande d’amour pour le compte de sa jouissance féminine d’une femme » dont son corps de désir, comme objet a dans l’amour qui se fait, fait les frais de porter pour un homme et une civilisation le semblant d’être du Phallus. Par quoi « anéantie dans sa différence, elle rejoint son être divin »6, son élation narcissique d’une femme, dans le manque du signifiant d’une définition, porteuse de vie… fertile et féconde d’une passion joyeuse. « Le semblant, c’est ce qui donne de l’air.»7, un souffle d’R.

    Daniel Demey

    1 Diego Mautino « le sujet impute à l’Autre (…) le traumatisme, le manque à jouir dont il souffre. »
    2 C. Soler, in « Des hommes, des femmes »pg 170
    3 ibidem
    4 Lacan, séminaire XX
    5 Lacan, in l’étourdit
    6 C. Soler ibid
    7 Cécile Vandresse, in carnet inédit.


    Répétition et Fixation

    « Faire passer la jouissance à l’inconscient, (…), c’est en effet un sacré déplacement1 ». Première différenciation, première déformation de jouissance, les Uns de lalangue passent au semblant, à l’élucubration (S1 « flèche »  S2). Par ce passage, et selon les conditions d’éthique2 du petit en question, une négativation de jouissance s’opère. De cette perte, par l’entrée dans le langage donc, un effet sujet advient ; c’est ainsi que s’ouvre la séquence de la parenthèse infinie de la répétition du déchiffrage (S1(S1(S1 « flèche » S2))). Autre est la marque indélébile de « l’évènement de corps », celle qui fait fixation ; fixation d’un Un qui ne passe pas à la parenthèse, un Un hors-série qui assure « l’unité de la copulation avec lalangue, autrement dit, d’inscrire une constante malgré la variété des signifiants déchiffrés3 ». Cet évènement fera le mode de jouir de l’inconscient singulier. Ce sera le destin du sujet … « ce qui ne s’hérite pas4 ».

    Cédric Bécavin

    1 LACAN J., Radiophonie, Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.420.
    2 « la question éthique (…), s’articule, d’une orientation du repérage de l’homme par rapport au réel », LACAN J., Le Séminaire Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, (1959-1960), 1986, p.21.
    3 SOLER C., Ce qui reste de l’enfance, Collège clinique de Paris, Paris, Editions du Champ lacanien, 2012-2013, p.123.
    4 SOLER C, Argument pour les journées de l’IF, Ce qui passe entre les générations.


    Un narcissisme du Réel de la lettre.

    Lalangue se situe hors scène du Symbolique qui engage lui une « édupation ». Lalangue se joue des discours. Elle vectorise la jouissance de la coupure du Signifiant, du « trou » dans l’Autre, et s’écrit comme Esprit incarné sur le corps par cette coupure, du Signifiant. Lalangue est un résidu d’acte, ce qui reste dans le dire et qu’on oublie ; une marque pure du Signifiant déposée sur un corps par un dire dans une adresse à ce corps de désir. Lalangue fait la lettre du Signifiant, et pose la structure en germe, S1, dans le double sens pour un sujet de viatique d’être à ce corps d’adresse jouï et aimé de l’inconscient du désir dans ce « narcissisme de la lettre », un Réel. Où le sujet est dans le destin de corps de l’Autre, repris à la fois dans la lettre comme l’enveloppe adressée et dans le contenu privé qu’elle renferme. « Lettre volée » secrète, énigmatique, dissimulée d’une écriture du désir par la jouissance hors langage de cette jouissance de l’Autre, que supporte la jouissance féminine dans l’amour, d’être scène de l’hors scène, obscène, et qui confère au devenir labyrinthique de sa propre jouissance, de ce que le sujet de la division en fera et qui n’est rien qu’à lui par cette lettre d’ouverture de son symptôme dans la chaîne des S2, d’un savoir y faire.

    Daniel Demey


    Dans sa troisième et dernière note de bas de page, Patrick Barillot nous propose à propos de lalangue et de l’obrescène une citation dense et cruciale de Lacan en 1977. Il se trouve que la fin de cette citation évoque en plus la parenté, qui est un thème immédiatement connexe à notre thème de ce qui passe entre les générations d’une part, et qui évoque Lévi-Strauss d’autre part.
    Je rappelle ici cette citation de la séance du 19 avril 1977 de l’Insu… :
    « Lalangue quelle qu’elle soit est une obscénité. Ce que Freud désigne de – pardonnez-moi ici l’équivoque – l’obre-scène, c’est aussi bien ce qu’il appelle l’autre scène, celle que le langage occupe de ce qu’on appelle sa structure, structure élémentaire qui se résume à celle de la parenté. »
    Dans la suite de cette séance, Lacan se contente de faire référence à Robert Needham mais il n’explicite pas la réduction radicale qu’il affirme ici de la structure du langage à la structure de la parenté, dans le « se résume à ».
    Comment entendez-vous la fin de cette citation ?

    Karim Barkati


    Dalla lamentatio alla disputatio

    Quel qualcosa che resta nel colino dell’acqua del linguaggio, quel qualcosa che fa roulure dell’Altro, passa ne lalingua del soggetto, con cui prima o poi il soggetto – forse, considerato la materialità delle parole e dunque il godimento che istillano nel corpo, sarebbe più preciso dire il parlessere – deve fare i conti. Detriti di godimento che passano attraverso la parola che il soggetto ascolta dall’Altro e che facendola propria negli effetti singolari de lalingua, apre la possibilità all’equivoco. E così, in un’analisi, facendo i conti con ciò che si è ricevuto, attraverso il taglio di senso che il gioco dell’equivoco permette, si può giungere a porre fine alla lamentatio di ciò che non si è ricevuto o che è passato male, per ciò che si può dire!

    Maria Domenica Padula